Une épreuve à la fois

Tout a commencé à un jeune âge. Mes parents étaient famille d'accueil pour des jeunes en trouble grave du comportement (il y en avait 9 à la maison). Ma soeur aînée a une déficience intellectuelle de moyenne à sévère et mon frère aîné était dans sa phase ado faisant une tonne de conneries. Donc, moi, sage comme une image était loin d'être une priorité dans ce petit monde. Vers l'âge de 5 ans, je me suis fait agressé sexuellement par mon frère et des jeunes de la famille d'accueil. Car, comme on le sait, c'est un jeu de faire une fellation à autrui...! À 9 ans, mes parents ont fermés la famille d'accueil. Mon père commence à partir de ce moment à être violent psychologiquement et physiquement. Vers l'âge de 10 ans, je me suis fait agressé sexuellement par mon père. On a déménagé cette année-là. En sixième année, j'ai changé d'école. En secondaire 1, j'ai déménagé. À 14 ans, j'ai commencé à voir une psychologue. À 15 ans, mon chien s'est fait frappé par une voiture. Il est mort sur le coup. Les pensées suicidaires étaient récurrentes, l'automutilation était présente et j'avais des troubles alimentaires (genre que je mangeais un repas par jour et quand je réussissais à manger seulement une mini collation dans la journée, c'était une fierté).

À 17 ans, on me diagnostic une dépression majeure. Le secondaire se termine, je n'ai plus de psychologue, je suis sous médication. À 18 ans, j'entreprends une nouvelle démarche de psychothérapie. En janvier 2018, je deviens végétarienne. À 19 ans, j'arrête la médication après l'avoir prise pendant 2 ans. En juin, je fais euthanasier ma chienne qui était à mes côtés depuis que j'avais 4 ans. À 20 ans, je termine un DEC en technique d'éducation spécialisée. Je suis engagée dans un super milieu communautaire défendant les droits des enfants. Je suis engagée également au CIUSSS-MCQ. Et je débuterai un baccalauréat en psychoéducation en septembre prochain.

Et depuis janvier, je vais merveilleusement bien. Comme je ne l'avais pas été depuis des années. Ça fait presque 7 mois que le bonheur est revenu dans ma vie. Environ 10 mois que je ne m'automutile plus. 7 mois que je n'ai plus de pensées suicidaires. Environ 1 an que mon trouble alimentaire est mis de côté. Je suis aujourd'hui fière de dire que je m'en sors et qu'il y a de l'espoir. Que j'ai des rêves et des ambitions. Que j'ai une psychologue en or qui m'accompagne et qui me permet de me sentir importante. Car une épreuve à la fois, un mot à la fois, un silence à la fois, on s'en sort, lentement, mais sûrement.

Une citoyenne de Trois-Rivières