Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien
Mon histoire n'est pas des plus belles
Ma santé mentale n'est pas mon meilleur atout... anxiété intense et crise de panique. Tout cela relié à cette peur extrême de l'abandon qui me gruge sans relâche. Dans ma petite tête, l'abandon est pire châtiment que la mort elle-même. Disons que les choses n'allaient pas de bon train lors des derniers mois, mais je remontais la pente, j'étais fière de moi. Étant sur l'aide sociale et sans emploi, ma vie se résume à mon cercle social qui me couvre d'amour et de soutien moral.
M'enlever mes amis, ma famille, mon amour, c'est comme me condamner à une mort certaine.
L'isolement social est comme la grande faucheuse qui m'attend au bout du chemin. Chaque jour, elle se rapproche, chaque jour mon équilibre mental se dissipe. Pendant que certains partagent des moments de fausse joie confinés ensemble et se font un plaisir de taper sur les gens vulnérables avec leurs ''RESTES CHEZ VOUS'', ma réalité est tout autre. C'est un monde de solitude, de larmes, de mutilation et angoisse extrême que nul coup de téléphone ou vidéos-conférences ne peut enrayer. Je me sens comme une sorcière de Salem, je sors voir quelques amis secrètement, question d'éviter le pire. La chasse est ouverte! Il ne faut plus se voir et toute personne y contrevenant est jetée au bûcher. Je perds la tête et la folie s'empare de moi, j'en viens même à souhaiter la mort à tout le monde. À quoi sert donc de vivre si c'est pour être confinés? L'isolement est ma mort, et elle sera certaine si les choses ne changent pas. La situation me fait réaliser à quel point les problèmes mentaux sont encore sous-estimés et presque sans importances. Personne ne semble se soucier d'une vague de suicides, d'une augmentation de violence parmi les foyers, d'une augmentation des alcooliques et toxicomanes, bref, des dommages extrêmes de la folie.
Les mots me manquent pour décrire ce mal me submergeant. Je ne crains pas le virus, je crains la suite des choses, je crains cette prison dorée qui pourrait perdurer plusieurs mois.
Tout comme un inséparable affligé de la perte de son partenaire, je m'arrache les plumes et la peau jusqu'à ce que j'en tombe au fond de ma cage. Comme dirait la chanson, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien.