Je guéris

La violence existe sous toutes les formes. Je l'ai connue sous plusieurs formes. Peut-être peut-on en guérir...
De l'abandon en jeune âge, à l'intimidation scolaire, à l'abus émotionnel familial, à l'agression sexuelle, à la discrimination.
J'avais toujours su rester forte. Ou était-ce un masque. J'avais enfoui mon mal de vivre au plus profond de moi.
Mais je ne pouvais pas contenir toute cette douleur au fond de moi. Plus je voulais la contenir, plus elle émergeait.
J'ai commencé à me faire ma propre violence. 
En me détruisant petit à petit par les actes impulsifs qui me donnaient l'impression de vivre.
La dépression m'a toujours suivie comme mon ombre. Plus elle m'effrayait, plus je courrais après le thrill.
J'ai fini par m'essouffler. Plusieurs fois. 
Arrêts de travail. 
Interruptions des études. 
Tentatives de suicide. 
Hospitalisations. 

Tout était surréel. Ce qui m'arrivait. Ce que je faisais. Ce qui m'entourait. Mes pensées. Mes sentiments.

Cassure Avant/Après. Dorénavant, il y a ma vie d'avant. - Et maintenant il y a mon semblant de vie.

Rien ne fonctionnait. Rien. L'aide qu'on m'apportait n'était pas suffisante. Chaque jour je voulais mourir. J'étais désespérée. 
La psychologie, c'était insupportable. Elle allait creuser dans mes entrailles. J'avais encore plus mal.
La psychiatrie était inefficace. J'ai essayé une dizaine de médicaments. Je me suis heurtée à des interventions blessantes.

Jusqu'à temps qu'on me prescrive un médicament en particulier, alors que j'avais abandonné. 
Ça n'efface pas mes problèmes. Ni mon mal d'être constant. 
Ça cause beaucoup d''anxiété. J'ai développé de l'anxiété sociale. Est-ce que je suis moi-même? Je..? Qui?
.. ''je'' est un concept abstrait. Il y a une cassure en moi. Ou plusieurs.
il y a le ''je'' d'avant, le ''je'' d'après, le ''je'' de maintenant qui ne sait pas ce qu'était le ''je'' d'avant et qui se demande si le ''je'' d'après est comme le ''je'' d'avant... de sfois ''je'' pense que le ''je'' d'avant est le ''je'' que ''je'' voudrais ...
Et quelle sorte de ''je'', ''je'' suis devenue?

Je demeure invisible. Comme bien d'autres, personne ne peut voir mon mal. 
On ne voit que mon anxiété accablante.


Mais au moins, maintenant, je ne veux plus mourir chaque jour.
C'est déjà ça.

Une citoyenne de Montréal