Examens médicaux pré-embauche

Au mois de juillet , j’ai subi un préjudice dans une procédure d’embauche. Pour ma part, je suis convaincue que mon futur employeur a décidé de retirer son offre d’embauche, après avoir consulté le questionnaire médical auquel j’ai répondu lors de l’examen médical pré-embauche. J’ai déposé une plainte auprès de la commission des droits de la personne qui en a pris connaissance et l’a jugé recevable. N’ayant pas l’habitude de ce genre de procédure j’ai demandé l’aide d’un groupe de défense des droits en santé mentale.

Je ressens une grande satisfaction d’avoir choisi de faire cette démarche. J’avais beaucoup hésité parce que je ne voulais pas perdre mon temps dans une lutte inutile ou j’aurais le fardeau de la preuve. J’ai donc décidé de le faire, mais en acceptant à l’avance qu’il n’y aurait pas d’aveu de l’autre partie et de tout simplement laisser parler les faits. J’ai obtenu un certain dédommagement pour le préjudice que j’ai subi, mais il n’y a pas eu d’enquête.

J’ai la certitude que mon arrêt de travail pour un ‘’burn out’’ ou ‘’trouble anxieux d’adaptation’’ l'an passée (dont il a été question lors de l’examen médical) a été déterminant pour mon futur employeur dans sa décision.

Toute cette procédure a soulevé chez moi beaucoup de questions. D’un côté, mon assurance collective a refusé de ré-étaler mon retour au travail sur une plus longue période parce qu’il me jugeait apte au travail et ceci contre l’avis de mon médecin. De l’autre côté, un employeur me refuse un emploi parce que j’ai fait un burn out.

J’étais d’accord avec l’assurance dans le fait que j’étais apte au travail, mais pas nécessairement là où je me suis ‘’brûlée’’. Ce phénomène ressemble beaucoup aux phobies. À mon avis, le système nerveux est extrêmement efficace, il ne nous laisse pas retourner facilement à une activité ou endroit qui nous a mis en difficulté. On peut avoir peur des chats sans avoir peur de tous les animaux. Et mon futur employeur, qui était d’ailleurs dans le domaine de la santé, à mon avis, n’a pas été en mesure de comprendre cette nuance.

Étant moi-même formée en relation d’aide et pour avoir aussi connu des problèmes de santé mentale je réalise que le plus grand handicap lié à ce phénomène réside dans le préjugé auquel on a à faire face. Les préjugés entraînent des décisions guidées par la peur et non la réalité. Je n’avais jamais eu à passer un examen médical pour un emploi. J’ai posé beaucoup de questions à mon entourage et les gens me disaient de ne pas parler de mon arrêt de travail récent ou de la dépression que j’ai faite il y a 10 ans. Même si je considère ces évènements comme étant les plus enrichissants de ma vie, mon opinion n’a pas vraiment d’impact sur les préjugés des autres et c’est ainsi. Je suis un modèle de réussite pour mon entourage, mais c’est bien parce qu’il me connaissent.

Le seul fait qu’on m’ait déconseillé de parler de mes antécédents médicaux en santé mentale, montre bien à quel point le préjugé est présent. J’avais et j’ai encore beaucoup d’admiration pour cette institution pour laquelle je désirais travailler. Mais comme dans toute entreprise, même les meilleurs et les plus renommées, ce sont des êtres humains qui prennent les décisions qui ne sont pas nécessairement exempts de préjugés. J’ai réalisé dans cette démarche que la seule façon concrète de faire un peu entendre ma voix résidait justement dans la défense de mes droits.

Lorsque je me suis présentée à la clinique médicale et qu’on m’a donné le questionnaire à remplir sur mes antécédents médicaux, j’étais convaincue que je n’avais pas le choix, que je devais répondre à toutes les questions. On ne me l’a pas présenté non plus comme étant facultatif. J’étais prise entre mon désir de collaborer et l’ampleur du questionnaire.

Cette démarche m’a permis de prendre connaissance de la loi concernant les examens médicaux pré-embauche, et de voir l’absurdité d’un questionnaire ou tous les antécédents sont demandés, de l’eczéma, aux foulures, à la psychose. On peut douter de l’intention de l’employeur lorsque celui-ci refuse de nous donner les informations liées au début de l’emploi avant l’examen médical. Je me rends compte aujourd'hui que j'aurais vraiment voulu que quelqu'un voit ce questionnaire en considérant que c'était pour un poste de commis intermédiaire pour une durée de 5 semaines + 1 semaine de formation !!

Pour ceux qui désireraient en savoir plus, j'invite les gens à s'informer auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Ils ont un document intitulé "les examens médicaux en emploi" .

Une citoyenne de Montréal