Covid-19, trauma et totalitarisme
Sans nier l'immense souffrance qu'engendre la pandémie et les vies tristement perdues devenues statistiques; je n'ai pas tant peur du virus. J'ai peur d'y perdre des droits et libertés. Lorsqu'on a été psychiatrisé, la perte des droits, on l'a souvent vécue. Lorsqu'on s'en remets au bon jugement de policiers aux pouvoir étendus; j'ai vraiment peur. Je me rappelle ma P38: le poivre de cayenne, l'incompréhension et les coups de bottes. Je me rappelle qu'il y a seulement quelques semaines, en Beauce, un homme souffrant de psychose s'est fait abattre par 9 balles. Lorsqu'on parle de confinement à la maison par contre: j'ai moins peur. Je me rappelle les longs jours en milieu sécuritaire pour oser dire que j'étais suicidaire. Lorsqu'on parle de géolocalisation des malades: j'ai peur. Je me rappelle l'ordonnance d'hébergement et de traitement. Je me rappelle aussi les injections à haute dose forcées. Lorsqu'on encourage la délation, que l'esprit critique collective s'éteint devant une crise sanitaire, que la grande majorité semble répéter en boucle les nouvelles régles, qu'un certain culte de la personnalité émerge des points de presse journaliers: je deviens craintif. Je me rappelle qu'une relative démocratie peut devenir un état totalitaire. J'espère me tromper et vivre encore le ressac de mes traumas. Que l'isolement nourri une trop grande suspicion. Que le climat social tendu engendre un débalancement neurochimique de mon cerveau, comme dirait mon psychiatre. Je veux tant croire que c'est temporaire et qu'essentiellement balisé par la science. D'ici là, je suis compliant: je respecte la distanciation sociale, l'hygiène compulsive et le confinement. En plus, je prends rigoureusement ma médication et probablement trop d'anxiolytiques au besoin. J'ai peur quand même.