Coming out 2015

Voilà, aujourd’hui ça fait 6 ans que j’ai décidé de livrer un combat titanesque contre l’alcool et les drogues. Les 5 premières années se sont faites les deux doigts dans le nez et ont été les plus belles. Aujourd’hui, après avoir traversé la plus dure année de mes 6 ans de sobriété, je veux toujours aller de l’avant. Je pensais jamais être aux antipodes et devenir un genre de straight edge mutant, mais je suis fier de sortir du garde-robe et de dire, comme le Psy de South Park, « la drogue c’est mal, m’voyez »!.

J’ai eu beaucoup de feed back positif quand j’ai fait mon coming out lors de mon cinquième anniversaire de sobriété. Beaucoup de monde m’ont écrit et remercié d’avoir illustré ce problème qu’est la consommation. J’ai donc décidé de faire un bilan annuel. D’année en année, c’est le fun d’avoir une année de plus au compteur de ma vie de straight edge. L’écriture m’aide beaucoup à mettre en lumière et à cerner la source de bien des problèmes.

Étant donné que j’ai réussi à surmonter plein de montagnes russes au cours de mon parcours, j’ai décidé de m’impliquer dans le comité de l’Autre Rive, le centre où j’ai fait ma thérapie. Dans cette optique, je compte démarrer une page facebook cet automne pour ceux et celles qui vivent des problèmes d’anxiété. La page facebook que je vais créer se veut une alternative afin d’obtenir un mieux être, une plateforme de partage pour aider ceux et celles qui se sentent des fois paralysés par l’anxiété.

L’anxiété est indissociable et elle fera toujours partie de notre vie, qu’on le veuille ou non. Je vais donc publier des alternatives et des outils pour mieux jongler avec elle. Ce sera comme une sorte de legs pour en aider d’autre. Si je n’avais pas été chercher certains outils vitaux, je serais encore pris dans ces cercles vicieux. Si je n’avais pas évolué au-delà du traumatisme qu’a été mon overdose, je serais resté souvent paralysé par la peur de faire une crise de panique. J’ai donc décidé de mettre la main à la pâte et de faire la reconstruction de ma vie un jour a la fois.

Depuis que je suis devenu un straight edge, je suis en état de sobriété avancé. Pour tout vous dire, c’est mille fois plus enivrant. Je dois constamment me lubrifier socialement pour vaincre mon anxiété car des fois les distorsions cognitives issues de mon passé me font passer d’un pôle à l’autre.

Voilà 6 ans que j’ai décidé de faire mentir les statistiques et faire partie du 5 % de ceux et celles qui réussissent à se sortir de ce problème qui fini par devenir un enfer pour la personne qui en souffre. Ce qui a été dur, c’est de changer mon environnement social. Depuis que je ne bois plus, je me suis rendu compte à quel point l’alcool était pour moi un lubrifiant social. C’est en allant faire des fouilles archéologiques dans mon caca que j’ai découvert que le vrai problème est que je suis quelqu’un d’une grande timidité. J’ai souvent eu de la misère à jongler avec elle. La majorité du monde qui me connaît vous dira le contraire. Je peux être une personne très sociable et parfois je prends beaucoup de place, c’est très paradoxal. Cependant, si l’anxiété est au rendez-vous une journée où je ne m’y attends pas, je serai loin d’être la personne la plus sociable. Rassurez-vous, elle a de moins en moins le rôle principal dans ma vie.

J’ai découvert qu’il est vital de faire une thérapie pour comprendre ce genre de problème. Malheureusement, les gens prennent l’option facile et ne veulent pas aller fouiller dans leur marde. Moi, je sais désormais qu’aucune pilule ne va régler ce cancer de l’âme qu’est la bipolarité.

Heureusement, quand on décide de tout mettre en place pour s’en sortir, la chenille finit toujours par se transformer en papillon. Au cours de ma vie, j’ai souvent été comme le phénix qui renait de ses cendres. À chaque fois que je touchais le fond du baril, l’art a été ma seule bouée de sauvetage et m’a aidé à bien des niveaux. Ça me sauve encore la vie quand je vis l’enfer de passer d’un pôle à l’autre.

Ce qui est positif, c’est que mon anxiété ne fait plus d’effet boule de neige. Mon anxiété me fait souvent vivre dans une zone d’inconfort qui parfois devient paralysante. Dans ces moments, j’ai de la misère à me sortir des limbes qui voilent à ma vue voir les possibilités infinies de l’horizon qui s’offre à moi.

Heureusement, avec le temps, j’arrive à m’habituer de passer d’un pôle à l’autre afin de mieux jongler avec la vie. Des fois, je jongle avec comme un artiste du cirque du soleil et d’autres fois, c’est comme si je jonglais avec des couteaux sans manches et trop aiguisés. Une travailleuse de rue m’a déjà dit que ma résilience était inspirante et que j’en avais beaucoup en moi.

Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de ne pas vous isoler avec vos problèmes. Que se soit l’alcool, la drogue, le jeu ou une dépendance à facebook, il ne faut pas se replier sur soi car ça finit souvent par créer encore plus de problèmes. Avec la fuite, on fini toujours d’une manière ou d’une autre par se soustraire à des possibilités positives. Il faut prendre le bâton du pèlerin. Il ne faut surtout pas avoir honte de consulter. Quand on va chercher les outils nécessaires, on peut les utiliser pour avoir un meilleur équilibre. Plus on va chercher d’outils et plus on apprend à être meilleur funambule pour que notre équilibre mental ne bascule plus à tout moment vers le côté obscur.

J’ai décidé de ne plus passer à côté de beaucoup de belles possibilités. J’en suis arrivé au même constat pour la dépression. Il faut profiter de la vie au p.c. car il n’a pas de potion magique contre la plupart des problèmes. Quand on comprend ça, on arrête de remettre notre propre sort à la semaine des 4 jeudis. Quand on a un problème récurant, c’est vital de faire une thérapie. Il faut briser le silence.

De plus, au fil du temps, je me suis rendu compte que je n’ai pas le choix de faire table rase de mon passé. Souvent, j’ai de la misère car il a été trash et rock & roll, j’ai brûlé la chandelle par les deux bouts. Au cours de mes quinze années de débauche, j’ai acquis un doctorat dans le domaine des drogues récréatives. C’est cette hygiène de vie qui a fini par affecter plusieurs sphères de mon existence. J’aurais pu mourir ou être légume, ce qui n’est pas le cas. Je n’ai pas de séquelles, heureusement. Si j’en avais eu, qui sait, ça aurait pu me faire voter pour le parti libéral ou, pire encore, pour le parti des cons-serviteurs. On peut dire que j’ai fait mon doctorat avec spécialisation en suicidologie car j’ai vu à quelques reprises ma vie défiler devant mes yeux.

Mon passé me fait paniquer sur des trucs durs et des détails. Ça fini par me faire ruminer. Au bout du compte, à chaque fois, ça fini par altérer mes souvenirs. Je me rend compte qu’il ne faut pas s’accrocher aux chimères ou au remords d’une ancienne vie décadente. Je me suis trop souvent enfermé à double tour lors des dernières années et ma consommation aurait pu me coûter ma vie. Il ne faut pas s’enfermer dans son mal être. L’abus mène trop souvent à une rupture sociale. Il est donc vital de faire abstraction du passé, ne pas laisser trop d’espace au glissement temporel, car cela finit par redonner des feedback et coller à la peau. Plus on cultive le passé et plus il ne nous lâche pas d’une semelle. Pour mieux absorber l’onde de choc des crises de panique, il faut briser ce cercle vicieux et ne pas s’isoler. Quand on en a à chaque semaine, c’est dur d’en faire abstraction et de ne pas absorber les malaises qu’elles causent. On a souvent tendance à être comme une éponge et on finit par développer la peur d’avoir peur et de paniquer. Il ne faut pas alimenter ces scénarios sinon on leur donne du pouvoir et ils finissent par tirer les ficelles de notre vie pour en occuper le rôle principal.

Cette année j’ai eu de la misère, mon côté bipolaire m’a plongé trop souvent au cœur des ténèbres. Comme je l’ai appris au Centre Jean-Patrice Chiasson, une rechute ça se planifie. Je suis donc allé revoir mon intervenant, un des artisans qui m’a aidé à vaincre mon plus gros problème, l’alcool. Cet ancien psy en toxicomanie m’a donné cet outil, un mantra, que je me répète souvent quand je vais moins bien :

« Le pôle central de la matrice c’est de développer le moi observateur qui me permet de voir si je m’éloigne ou si je m’approche de ce qui est important pour moi »

C’est toff de renverser 15 ans de débauche. Pour renverser la vapeur, il faut mettre le doigt sur le bobo qui s’infecte. Des fois, j’ai l’impression que mes abus ont tellement aiguisé mes sens que quand j’ai de l’anxiété, je sens que mon cerveau est une zone sinistrée de grand brûlé jusqu’au dernier degré. J’ai souvent essayé de mettre des plasters, mais ça a fini par me causer plus de problèmes. Fuck les osties de plasters. Faut soigner la plaie avant qu’elle ne s’infecte, aller à la source du problème.

En 2014, j’ai fait des recherches sur le TDAH et je crois avoir enfin trouvé le vrai problème qui m’a affecté toute ma vie. Le TDHA peut être une source anxiogène car il y’a plusieurs facettes à ce problème. J’aurais dû allumer plus vite: C’est dans les années 80 qu’on a commencé à donner du Ritalin et j’ai été parmi les premiers cobayes vers l’âge de 9 ans.

Dès l’âge de 5 ans, je suis devenu un bouc émissaire. Imaginez l’onde de choc et les dommages collatéraux que ça a fait. Quand on devient le punching bag à l’école, c’est l’enfer. Je me suis mis à détester l’école dès la première année. Se faire rejeter ou juger, ça fuck le monde, surtout à cet âge là. Cette stigmatisation m’a suivi durant tout le primaire. Il est prouvé que les maladies mentales se développent par rapport à l’environnement de l’enfant. Je n’étais pas comme les autres, j’avais déjà à cet âge un grand talent en dessin, mais l’étiquette que les profs et les élèves m’ont imposé m’a collé longtemps à la peau. L’intimidation, comme les problèmes de consommation, ça touche la famille, les amis. Des fois, les dommages collatéraux font un effet domino dévastateur et certains finissent par s’enlever la vie. Il ne faut pas juger et coller des étiquettes, surtout pas à quelqu’un qui a un problème de TDAH.

Aujourd’hui, je suis content, je suis pas comme la masse de moutons qui sont touts pareils. Je suis unique et maintenant je connais ma juste valeur.

C’est l’arthérapie et la musicothérapie qui m’ont sauvé la vie plusieurs fois. J’ai développé une passion pour la musique, la poésie, la peinture, le cinéma de toutes les époques. Je crois que nos bourreaucrates devraient miser plus sur l’arthérapie pour guérir les gens de la dépression ou de n’importe quelle dépendance. Il faut miser sur ce qui les passionne car quand on allume une flamme en quelqu’un qui ne voit plus la lumière au bout du tunnel, ça peut changer sa vie de A à Z. Les études le confirment et j’en suis la preuve vivante.

J’ai beaucoup appris dans divers domaines des arts durant ma vie de débauche. Souvent, la sagesse qui émanait des œuvres que j’ai analysées en profondeur ont été comme une bouée de sauvetage.

« Le psychiatre et auteur Boris Cerulnik a écrit que les artistes résilients (ceux qui résistent aux chocs du milieu où ils ont vécu ou vivent) sont comme des huîtres : pour se défendre des agressions du monde, ils produisent de la nacre, des perles. »-Joey Cornus

Je sais maintenant que l’art est ma seule bouée de sauvetage et que c’est le meilleur rempart que j’ai eu dans ma vie. Je comprends maintenant le texte de Plume quand il dit « Quand la sagesse devient la seule amie »

Mes anciens problèmes de consos, je sais que je vais les avoir toute ma vie. Que je vais devoir être vigilant face aux signes de rechute. Je sais qu’il reste encore des moments difficiles qui peuvent arriver d’un jour à l’autre, la vie est faite d’imprévus. Avoir un problème en santé mentale, c’est comme avoir une épée de Damoclès au dessus de ma tête. Je vis donc un jour à la fois, même si parfois j’ai de la misère.

Il ne faut pas cultiver nos crottes sur le cœur car ça crée plus de marde. Quand je vois que nos bourreaucrates marginalisent encore les gens qui veulent se sortir de l’enfer de la drogue, ça me fait royalement chier.

5 % de ceux qui ont ces problèmes s’en sortent et ce n’est pas beaucoup. Avec les mesures d’austérité actuelles, si on ne donne pas d’outils à ces gens, ça va faire descendre encore plus bas cette statistique. Il faut la faire augmenter au lieu de passer la chainsaw dans l’aide à ceux qui sont souvent le plus marginalisés. Je crois que n’importe qui est capable de s’en sortir quand il a accès à l’aide nécessaire. Ça peut prendre du temps et une thérapie est vitale dans bien des cas. Avec les mesures actuelles, on crée encore plus d’exclusion et ça va coûter plus cher en soins en santé mentale. Il faut voir à long terme.

En ce moment, le monde se déshumanise à la vitesse grand V. C’est prouvé, messieurs les bailleurs de fonds, vous qui faites des régimes minceur à des anorexiques, que ça coûte plus cher à la société de laisser les gens à eux mêmes. Investissez dans le potentiel des gens qui veulent s’en sortir et arrêtez de les enfoncer dans la misère et l’exclusion. Arrêtez de fermer la lumière au bout du tunnel à ceux qui ne la voient déjà pas souvent depuis déjà trop longtemps et qui finissent dans la rubrique nécrologique. Refaites vos cours de comptabilité; investir en quelqu’un, c’est toute la société qui finit par en profiter au bout du compte. On finirait donc par faire plus que des économies de bout de chandelle en pensant à long terme. C’est aussi ça penser en terme de profit. En ce moment les mesures ne permettent pas de donner l’oxygène nécessaire pour que la personne sans sorte et c’est vital d’avoir de l’air frais pour donner du vent dans les voiles. Sans bouée de sauvetage, l’homme se noie dans une mer d’indifférence.

En plus, on pourrait faire d’une pierre 2 coups, ça diminuerait de beaucoup le nombre de suicide au Québec. Pour qu’une fleur donne des fruits, il faut lui donner de la lumière, il faut la nourrir. D’une façon ou d’une autre, on finit par récolter ce qu’on sème. Je crois que l’humain est capable de grandes choses lorsque l’on allume une flamme en lui. Quand on fait naître cet espoir en quelqu’un, les possibilités sont infinies.

Je crois que pour réussir à se sortir de l’enfer des limbes il est vital d’avoir des outils. Par la suite il faut apprendre à les utiliser et, comme le dit si bien l’adage, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Quand on acquiert des outils on arrive à revoir la lumière au bout du tunnel. Je vous conseil donc d’outiller les gens au lieu de les désoutiller. Quand vous leur enlevez l’espoir, vous garnissez à saturation les rubriques nécrologiques et ça multiplie les effets dominos dans le système public. C’est vrai que vous préférez que ces gens restent muets comme des tombes. Malheureusement, la vie, c’est pas un compte de fée et derrière chaque drame humain il a beaucoup de gens et des familles qui en souffrent. Penser en profit, c’est aussi penser à tous ceux et celles qui vivent ces drames.

 

Analyser plus en profondeur les dommages collatéraux que ça crée dans des familles, y’a des visages et des humains derrière chacun de ses drames. Par la suite ces gens ont de la misère à se relever et souvent, ils ne s’en relèvent jamais. Vos mesures vont faire monter en flèche les crimes et le taux de suicide ou remplir vos prisons, congestionner les hôpitaux et en bout de ligne ça va coûter plus cher toute cette déshumanisation. Je vous souhaite de voir la bêtise humaine sous toutes ses coutures comme je l’ai vue. En ce moment, je vois des décisions qui n’ont aucune vision pour l’avenir de ceux que la vie a pucké et souvent scrapé. Je vous conseille donc d’aller passer un test de la vue pour voir clair et voir à long terme.

Conclusion quand ont ne soigne pas un bobo ça s’infecte et ça gangrène tout le tissu social d’une famille et de la société. Pour ne pas amputer les membres de plusieurs familles, arrêtez de fermer la lumière au bout du tunnel. Déĺoussez les nœuds de vipère de la bourse et semez de la lumière dans la vie des gens qui on tant perdu car ça risque d’être profitable pour tout le monde et même pour garnir les paradis fiscaux de vos loups de Wall street. Quand on investi en l’avenir de ceux que la vie a scrapé, on améliore la qualité de vie de toutes ces familles qui souffrent en silence et ça profite à toute la société quand quelqu’un s’en sort.

Un citoyen de Sherbrooke 

Anne-Marie BoucherExclusion