Pour une bonne job à la Ville...

Mon nom est d'entre ceux marqué au fer rouge dans les listes du Bureau du personnel de la Ville de Montréal,,, j'étais fonctionnaire depuis 7 ans quand je suis tombée en dépression en 1990... ce n'était pas leur faute,,, je traînais un trop lourd passé, décès de ma mère à ma naissance, séparée de ma famille, élevée dans une autre famille,,, violence conjugale,,, et tout pleins d'échecs, de rejets et puis des tonnes de peines enfouies très creux pour ne pas que ça fasse mal,,, j'étais forte parce que dans la famille ou j'étais élevée, on ne pleurait pas... on devait être positif car la vie était supposément belle !!!!
Quand mon médecin a signé mon retour au travail en mai 1992, mon employeur était tellement surpris que je revienne... ils m'ont dit que j'étais la première qui s'était absentée aussi longtemps en raison de dépression... à l'époque je m'occupais d'un centre de documentation mais comme j'étais la seule à en connaître le fonctionnement, tout avait été abandonné pendant mon absence et comme ça ne servait plus, ils avaient tout transporté ça en haut d'un garage car ils étaient certains que je ne reviendrais jamais ...
C'est là que je suis revenue au travail 1 an et demie plus tard... «SEULE» dans une salle des machines avec un travail qui ne sert plus à personne... au bout de 3 jours, je craquais à nouveau...
Un autre mois de maladie au bout duquel mon médecin recommandait un retour au travail progressif... oups, impossible à la Ville, ça ne se fait pas... mais finalement, il n'avait pas le choix de trouver une solution car les assurances les obligeaient à me faire travailler 3 jours par semaine... j'avais fait passer un nouveau règlement qui aujourd'hui est utile pour pleins de travailleurs de la Ville de Montréal.
C'était ma première victoire,,, mais il y en a eu tellement ensuite,,, et oui, je gagnais souvent mais à quel prix... je ne pourrais pas tout raconter car j'en aurais pour des pages entières de souffrances, de peines et de mal, de ce qu’ils m’ont fait vivre pendant 17 ans... alterné par des périodes de travail et de maladies,,, durant lesquelles chaque fois, je devais rendre des comptes à tous,,, j'étais encadrée par mon médecin, psychologue, psychiatre, et jugés par ceux des assurances et de mon employeur,,, tout était à froid sans médication car je n'étais pas capable de prendre des pilules,,, donc, ils ajoutaient leurs expertises de psychiatres qui évaluaient mon cas,,,, et j'étais tout "UN CAS",,, un jour, j'ai même eu à PROUVER à un expert psychiatre que j'étais APTE à retourner travailler... or, ils étaient obligés de me reprendre car j'avais une sécurité d'emploi,,, mais en échange d'un emploi, je payais pour l'ambiance de travail...
Quand je racontais mon histoire,,, tout le monde n'en revenait pas,,, même le syndicat était assommé,,, mais il ne pouvait rien faire parce qu'ils étaient encadrés par une convention collective,,, et mon cas dérogeait à toutes les clauses... même aujourd'hui, quand j’y repense, j'ai encore du mal à croire tout ce que j'ai vécu... c'était INHUMAIN.... comme je leur disais, ce n’était pas leur faute si j’avais été malade, mais tout ce qu’ils me faisaient vivre, tous les torts qu'ils m'ont fait subir après, empiraient mon état et ne m’aidaient pas à me remettre en santé... je me souviens même qu'à un moment donné, j'étais de retour au travail dans un bureau... tout fait de béton, c'était une ancienne cellule de prison dans le sous-sol d'un poste de quartier de police... ils m'avaient mise là avec 3 autres gars qui étaient comme moi, perçus comme des moutons noirs.
On m'a tellement souvent dit qu'ils ne pouvaient rien faire... mais chaque fois, à force de téléphones que je faisais, des batailles, des rencontres avec mes supérieurs, les ressources humaines, les assurances, il y avait des recommandations... des changements et d'autres lieux de travail.
... ET pourquoi je restais là... tout le monde me disait, que ça n'avait pas de bon sens de quitter une "BONNE JOB" comme ça… le gros salaire... les avantages sociaux... je passais pour la fatiguante qui chialait le ventre plein et qui n'était jamais contente !!! alors je prenais sur moi, il fallait bien que je travaille et de toute façon, j'aurais fait quoi sinon !!!! Enfin, je continuais en essayant de faire mon temps pour un FONDS DE PENSION,,, emprisonnée dans cette cage dorée,,, une structure dure qui n'était pas faite pour des gens sensibles comme moi…
jusqu'au jour, au bout de 17 ans... après avoir encore rechangé de milieu de travail et après être de retour d'un accident de travail, je revivais pour la 3e fois du harcèlement au travail... j'ai tout fait pour tenir le coup mais c’en était trop... j'ai craqué... et cette fois, j'ai compris que je ne serais plus jamais capable d'y retourner... après tellement de démarches toujours inutiles, je me suis retrouvé au syndicat qui m'expliquait que je n'avais pas le choix de retourner au bureau,,, je n'aurais pas grand'chance de prouver le harcèlement puisqu'ils réussissaient à mettre le blâme sur moi en prétendant que c'était moi qui avait des problèmes relationnels... j'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'un stress post-traumatique mais je me suis retrouvé ce jour-là, en train de courir dans les corridors en hurlant et en bûchant sur les murs ... je savais ce que je faisais mais je n'avais plus de contrôle sur ce que je vivais... si mon mari n’avait pas été là pour me prendre dans ses bras, ils auraient surement téléphoné le 911 pour m’amener dans un hôpital psychiatrique… mais mon mari m’a sortie de là et m'a dit que c'était assez ... tu n'y retourneras jamais, je te jure !!!
... mais 6 ans avant ma retraite, je ne pouvais pas tout lâcher ... j'ai tellement fait de démarches pour tenter de ne pas tout perdre.......... mais j’avais plus le choix,,, j’allais en crever,,, alors, du jour au lendemain, je suis passé d'un salaire de $55000./an à RIEN !!!!!!
… puis, il y a eu des gens au syndicat aidé de ceux des Ressources humaines, qui espéraient tellement se débarrasser de moi, qui ont finalement trouvé une faille, donc, peut-être une solution.... j'ai donc obtenu une autre victoire ... pouvoir bénéficier d'une possible rente de retraite .... mais rien de sûr,,, il faudra voir si c'est possible dans 6 ans... donc, 6 ans à attendre avec une épée de Damoclès sur moi...
Enfin, je finis mon récit en disant que la plus grande victoire dans tout cela, c'est ce que j'ai gagné en-dedans de moi... être là ou je suis maintenant... USÉE certes, mais survivante d'un rôle de victime que je traînais depuis toujours,,, j'ai gagné ce que j'ai, grâce à certains petits anges qui sont passés dans ma vie, mais surtout grâce à ma force qui me poussait sur cette nouvelle route... à force de me responsabiliser aujourd'hui, j'ai gagné ma paix et je crois que sans tout ça, je ne serais pas ce que je suis et que tout ça était nécessaire pour que j'y arrive !!!

Avec la dernière rencontre du RRASMQ, j'ai compris ceci... les batailles dans les structures gouvernementales, je les ai livrées seule mais ‘SI’ j'avais eu la chance de connaître ce regroupement au cours de ces 17 ans de batailles, j'aurais probablement reçu quelque chose de grandiose que je n'ai jamais reçu et qui m’aurait donné de la force... les gens ont de la chance de vous connaître car en quelque part, ils ne sont pas JUGÉS comme je l'ai tellement été,,, ils reçoivent la compréhension que j'aurais tellement souhaité recevoir dans ce temps-là.... ils ne se sentent pas seuls comme moi, je l'ai été.... ils reçoivent du support pour aller plus loin et s’en sortir ... alors je n'ai que ceci pour terminer, continuez votre beau travail,,, c'est une travail colossal de vouloir changer les règles et la mentalité rigide des gens qui ont du pouvoir ... mais c'est tellement extraordinaire !!!!!!!!!! .... les gens qui vivent des choses atroces et injustes comme j'ai vécu, ont besoin de se sentir entourés et supportés car ils sont tellement vides sinon !!!

Une fonctionnaire retraitée de Ste-Julienne