Mon histoire

Quand j’avais 5 ou 6 ans, j’ai eu un choc post-traumatique. Mon père voulait me chicaner…il m’a pris et m’a garroché sur le divan. Mais il y avait une poignée en bois et je suis arrivé le dos en plein sur la poignée. J’ai perdu le souffle, j’ai eu peur de mourir étouffé. À partir de ce moment-là, j’avais peur de tout. La violence familiale que je vivais et voyais ça m’a déclenché la peur, la panique… et des idées suicidaires qui m’ont suivi une bonne partie de ma vie.
Entre temps, disons entre 7 et 15 ans, j’ai vu bon nombre de spécialistes pour des difficultés de l’enfance comme le trouble envahissant. J’avais aussi des voix, des voix qui étaient négatives… qui allaient vers l’autodestruction parce que pour moi ma vie, à cet époque-là, c’était que des échecs, c’était que de la peine, de la souffrance, je ne pouvais pas me fier sur personne. 


À l’école, j’étais différent des autres élèves, je vivais de l’exclusion, je me faisais expulser de la classe. Les personnes responsables essayaient de m’aider mais en même temps mes parents niaient ce besoin d’aide, cette différence-là. La violence de mon père…le silence, l’inaction et la soumission de ma mère, ça me détruisait. J’aurais aimé qu’on me prenne en charge, que la DPJ s’en mêle, j’aurais aimé resté à l’école…mais on m’a exclue. À l’âge de 15 ans le directeur de ma polyvalente a signé une autorisation pour que je puisse aller sur le marché du travail. Parce que j’étais vraiment… à problème. Beaucoup de personne dans la vie se fient à leurs études pour se sortir de leurs difficultés. Mais moi, on ne m’a pas vraiment donné ma chance, on a éteint le feu de broussailles que je faisais et on s’est débarrassé de moi. Quand le directeur a signé mon congé de l’école ça me disait que j’étais pas fait pour ça et que ma vie se résumait à travailler au salaire minimum pour le restant de mes jours.

Très jeune, j’ai connu l’instinct de survie. Cet instinct de survie ça été bien dans un sens mais en même temps ça m’a aussi amené dans la délinquance sans compter toute la problématique en santé mentale…puis la toxicomanie. Ça empirait de jour en jour jusqu’à ce que je touche le bas fond. Mais avant que j’y touche, je suis allé dans la rue à Montréal, voir comment les gens vivent l’itinérance, voir si je pouvais m’identifier à eux. J’étais vraiment perdu, je cherchais un lien d’appartenance mais je ne me trouvais pas assez brave pour faire la rue. 


À 28 ans j’ai commis un vol qualifié et incendie criminel. Quand je me suis livré à la police, c’était un cri à l’aide. Mais ce cri à l’aide n’a pas été entendu… on m’a mis en prison. Puis en prison, j’ai commencé à chercher des réponses du pourquoi je fonctionnais mal, pourquoi j’étais malheureux. Ça été le début d’une thérapie et d’un cheminement perpétuel.


La prison ça ma aidé à retrouver un sens. Le fait d’être incarcéré, d’avoir une cellule, un repas à tous les jours, ça m’a amené une stabilité. De fil en aiguille avec les psychologues, le retour à l’école, je sentais un rétablissement au fil des jours. J’ai mis ma vulnérabilité sur la table et bâti à partir de ça.

Quand je suis sorti de prison, ça été une période assez compliquée, je suis tombé tout seul avec moi-même. Je me suis retrouvé dans le même pattern : pas d’estime personnelle, toxicomanie, dépression avec idées suicidaires. J’ai été 4 ans à vivre dans un chalet d’été, isolé complètement coupé du monde, j’étais plus capable. C’était la survie. J’avais des hallucinations auditives et visuelles. J’ai aussi le syndrome de la Tourette et j’ai passé 4 ans à crier. Encore une fois, j’ai pensé que j’avais besoin d’aide, c’est là que j’ai approché un groupe de prévention-suicide. Ils m’ont écouté, on a trouvé la source de où venaient mes idées suicidaires. En gros c’était que j’attendais l’approbation de mon père. En prenant conscience de ça ma douleur est quasiment partie. J’ai fait la paix avec ça. Je cherchais l’amour, l’amour inconditionnel. En connaissant le passé de mon père et en sachant très bien que je ne l’aurai jamais, ben j’ai décidé de m’arrêter aux petites choses que mon père fait pour moi. C’est à ce moment là que la dame m’a présenté les organismes communautaire en santé mentale…

Un citoyen de Cowansville

Anne-Marie BoucherViolence